Autour du cycle LÂCHER PRISE
Regard d’ensemble
Le cycle LÂCHER PRISE explore la relation que le corps entretient avec le poids, la résistance et la déviation.
J’y déploie une série de gestes qui interrogent autant la matière que nos manières d’habiter le monde. À travers le granite, le métal, la corde ou les gravats, je mets en tension des forces opposées : masse et suspension, solidité et fragilité, effort et abandon, contrainte et liberté.
Le cycle s’ouvre sur LÂCHER PRISE, œuvre-matrice où j’affronte le granite dans un rapport physique presque archaïque. Cet acte inaugural, fendre, redresser, suturer, pose les termes du cycle : travailler la pierre, c’est travailler l’origine, la durée, ce qui résiste. De là, je glisse progressivement vers l’allègement, l’ironie, le jeu : PETIT FARDEAU, CASSE-COUILLE ou COURAGE déplacent la masse vers la légèreté, comme si le poids lui-même apprenait à sourire.
Les pièces centrales, FOURBERIE, SYMPTÔME, ATTENTION, révèlent les tensions résiduelles, les déséquilibres intérieurs, les précarités discrètes qui travaillent toute forme de solidité. Ce sont des œuvres de seuil : ni libération, ni chute, mais un vacillement qui ouvre vers l’intime.
Avec le TRIPTYQUE DES ASSISES, le cycle adopte un tempo plus lent. S’asseoir, c’est suspendre le geste, repriser la pensée, laisser émerger un espace vide où quelque chose peut se déplacer. C’est précisément depuis cet espace que naît le clinamen : la déviation minuscule qui change tout. CLINAMEN et SEMENCE détournent le cycle vers des territoires élargis : paysage, falaise, ville, architecture.
Le geste individuel devient geste de soin, d’attention au territoire, aux ruines, à ce qui cède. La couture, le fil, la drisse ne réparent pas : ils désignent. Ils montrent ce qui tient encore, ce qui fuit, ce qui mérite d’être accompagné.
Le cycle s’achève avec POINT ZERO, cavité minérale ouverte au ciel. Ni tombe ni lit : encore un seuil. Le corps s’y dépose, non pour disparaître, mais pour éprouver une autre durée, une autre gravité. Le poids cesse de peser. Le geste n’est plus effort, mais disponibilité. Ainsi, LÂCHER PRISE n’est pas une méthode : c’est une traversée.
