Autour du cycle Le LIEN - 2003 à 2022
Genèse du projet
Un cycle amorcé vers 2003 sur l’île d’Yeu, nourri par la récolte de fragments de bateaux de pêche auprès des marins, et poursuivi jusqu’en 2022.
Il s’appuie sur les restes d’une flotte brutalement condamnée. Le plan Mellick (1996), en imposant des quotas drastiques, force les marins à désarmer leurs embarcations. La violence des destructions, coques éventrées, ponts broyés au tractopelle, devient un tremplin de création. Ces fragments portent la mémoire d’un tournant historique : témoins silencieux d’une économie et d’une culture maritime bouleversées. Voir la vidéo.
Sur les chantiers de désarmement, je recueille les morceaux de bateaux, en particulier les arrières où figurent les noms : une part symbolique et intime du marin. Ces fragments, porteurs d’histoires humaines et territoriales, sont devenus la matière vive d’un travail de transformation.
Pour ces pêcheurs, je construis un banc solide, traversé de métal, que je leur offre. Installé dehors, face au vent, il devient un lieu physique où revenir, s’asseoir, rester en lien avec leur histoire. Une manière simple et juste de digérer la perte, de continuer un temps à perpétuer leur geste saisonnier de carénage.
Entre 2003 et 2006, je récolte, nettoie et transforme les fragments en une flottille d’assises. Sorte de répertoire de patrimoine maritime, devenu outil de digestion : un rebond possible, où la mémoire se métamorphose en élan. En 2008, la commande publique de l’île d’Yeu me permet d’incarner cette idée sous la forme d’un mobilier urbain maritime : Révolution.
Au fil du temps, la matière se raréfie. Je la découpe, la scie, la multiplie : la famille s’agrandit. Je quitte le port, traverse la mer et reprends atelier à Vitry-sur-Seine. J’y couds un morceau de roche au sol, comme on plante un repère pour se rassurer. Un nouveau chapitre du corpus continu s’ouvre. C’est dans cette transition que naît Traversée, une œuvre-pont entre l’île d’Yeu et Vitry, où les fragments maritimes trouvent une autre géographie, une autre manière de tenir ensemble.
Entre bois et fer continue de se jouer un dialogue de force et de soin, où la réparation n’efface pas la fracture, mais en fait le lieu même d’un passage. Ce cycle explore les structures invisibles qui lient les êtres, les choses, les espaces et les mémoires. La digestion pour accueillir la transformation.
